
PS : Le puzzle se met en place
"Le haka des All Blacks". Voilà ce que représente la phase de dépôt des contributions en vue d’un congrès socialiste, selon le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis. La formule sous-entend que chacun montre ses muscles et sa motivation pour tenter d’impressionner l’adversaire. Elle inclut aussi, évidemment, une part de bluff. La quinzaine de textes – comportant chacun au maximum 90 000 signes (Martine Aubry a produit le double) – qui devaient finalement être déposés avant le conseil national d’enregistrement de mercredi ne donnent qu’une indication partielle sur la physionomie future du congrès de Reims. Mais ils permettent quand même d’y voir un peu plus clair sur les ébauches d’alliances, sincères ou de circonstances…
La gauche du parti serre les rangs
Jean-Luc Mélenchon a martelé le message au moment de présenter sa contribution : "il faut que la gauche du parti se compte", pour forcer ensuite la future direction du PS à choisir entre "diriger contre elle ou avec elle". L’ancien ministre a d’ailleurs déjà commencé le comptage en incluant dans cette fameuse "gauche du parti" Marie-Noëlle Lienemann et Henri Emmanuelli. La première a déposé son propre texte, cosigné par Paul Quilès, et rejette vigoureusement, comme Jean-Luc Mélenchon, toute alliance potentielle avec le centre. Quant au député des Landes, il a rendu public un texte siglé NPS, en collaboration avec Benoît Hamon. Avec, comme objectif, "que le Parti socialiste reste un parti de gauche". "Il faut changer de majorité", a renchéri Benoît Hamon, visiblement moins intéressé qu’auparavant par la démarche des Reconstructeurs. Parmi ces derniers, seul Laurent Fabius – convié à la présentation de la motion – semble pouvoir s’allier avec le duo Emmanuelli-Hamon. Mais les proches de l’ancien Premier ministre ont été parmi les plus actifs des Reconstructeurs…
Les Reconstructeurs "boostés" par Aubry
La réunion a priori hétéroclite de fabiusiens, strauss-kahniens et autres amis d’Arnaud Montebourg a pris une nouvelle dimension depuis que Martine Aubry l’a rejointe. Quatre contributions en sont issues, la première, déposée par l’ancienne ministre de la Justice Marylise Lebranchu, n’ayant vocation qu’à compléter celle déposée par Martine Aubry. Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg ont également produit une contribution, présentée comme "un discours de la méthode" en vue des prochaines échéances électorales. Enfin, Laurent Fabius a lui aussi apporté sa pierre personnelle à l’édifice, en estimant que tous ces textes "ont vocation à converger" au sein d’une même motion. Mais les choses ne sont pas si simples, notamment concernant le texte de Martine Aubry. L’ancienne ministre du Travail a affirmé vouloir "constituer la majorité la plus large possible", mais sans tomber dans "une ligne molle". De son côté, le président du conseil général du Nord, Bernard Derosier, a approuvé le texte de Martine Aubry tout en souhaitant qu’il trouve sa place dans une motion commune avec François Hollande – qui a aussi présenté une contribution – et Bertrand Delanoë. Si rien n’est encore fait entre les maires de Paris et de Lille, l’idée d’une association fait néanmoins son chemin. "Avec Martine Aubry et François Hollande, on a tellement de proximité politique qu’il eût été mieux d’être ensemble dès le stade des contributions", a d’ailleurs estimé Bertrand Delanoë. Si Martine Aubry l’entendait également ainsi, elle pourrait entraîner à sa suite, dans le cadre d’une potentielle motion commune, tout ou partie des Reconstructeurs au sein d’une majorité très large. Pour le plus grand bonheur de François Hollande, qui souhaitait échafauder une alliance avec Bertrand Delanoë, Ségolène Royal et plus globalement, "tout ceux qui pensent la même chose". En sachant que le "recrutement" de Martine Aubry poserait le problème de Ségolène Royal, les deux femmes s’entendant très mal. Par ailleurs, Bertrand Delanoë est resté très évasif – "ça dépend sur quoi, à quel moment et à propos de quelle question" – concernant une potentielle alliance avec l’ancienne candidate à la présidentielle, laquelle est restée muette sur la question.
Les électrons libres
Ségolène Royal s’est en revanche fendue de compliments appuyés à l’adresse de la motion déposée par le trio Collomb-Guérini-Feltesse, auquel s’est associé Manuel Valls, qualifiée de "très utile, respectable et de qualité". Très courtisés, les responsables lyonnais, marseillais et bordelais se sont présenté comme des "Casques bleus entre les deux, trois ou quatre prétendants" au premier secrétariat et ont affirmé n’être "les sous-marins de personne". "Si les intérêts particuliers continuent de primer sur le projet, a lancé Jean-Noël Guérini, nous irons jusqu’à la motion". Autre "indépendant", le petit courant Utopia – dont la motion avait obtenu 1 % des voix au congrès du Mans – a déposé sa contribution, tout comme Gaëtan Gorce, qui souhaiterait "libérer le parti de l’inertie des courants et des écuries présidentielles". Enfin, le pôle écologique, qui a fait en sorte que la nouvelle déclaration de principes du PS soit teintée de vert, a produit lui aussi un texte et s’associera normalement à celui ou celle qui montrera la fibre environnementale la plus convaincante.
Un été très chargé
Après avoir été enregistrées lors du conseil national de mercredi – qui avait aussi pour objet de procéder aux formalités de convocation du congrès –, les contributions produites en vue du congrès vont être envoyées à tous les militants socialistes à partir du 7 juillet. Et pendant que la base prendra connaissance des textes présentés, leurs auteurs passeront l’été à nouer des contacts, entamer des tractations et former des alliances. À cet égard, le rendez-vous annuel de l’université d’été de
L'interview de Gérard Grunberg
Pour aller plus loin : La foire aux idées
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