
Le PS a mal à gauche
Les plus condescendants des strauss-kahniens ne lui accordent même plus 10 %. Les plus enthousiastes au sein du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) parlent de 20 %. Quoi qu’il en soit, l’aile gauche du PS n’a cessé de s’étioler depuis vingt ans, au profit d’une idéologie tendant, plus ou moins, vers la social-démocratie et devenue largement dominante. Un constat sur lequel tous ses responsables actuels – de Jean-Luc Mélenchon au NPS d’Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, en passant par Marie-Noëlle Lienemann et Marc Dolez – s’accordent, tout en ayant des analyses divergentes sur l’ampleur du phénomène.
Malade, mais indispensable
Jean-Luc Mélenchon dresse ainsi un état des lieux apocalyptique. Selon le sénateur de l’Essonne, “la gauche du PS est complètement sinistrée, dans un grand état de faiblesse”. “Numériquement, explique-t-il, nous sommes affaiblis par la dépolitisation générale du parti. Par ailleurs, il n’y a pas moins de querelles d’ego dans cette gauche que dans la majorité. Nous aussi sommes atteints par les syndromes nomenclaturistes du parti : beaucoup aimeraient être élus ou réélus et tout cela se négocie sans grands principes.” Les grands principes, justement, sont ceux qui peuvent la sauver, selon Henri Emmanuelli. Pour l’ancien Premier secrétaire, “la gauche du PS, ça n’existe pas. Simplement, il y a une partie du PS qui reste à gauche. Et sans cette partie, le PS n’aurait ni identité, ni avenir. Elle sert de caution morale, comme au moment du référendum”. Un rôle de gardien du temple socialiste originel, en quelque sorte, que défend également le député de la Loire Régis Juanico, fidèle de Benoît Hamon : “Dans l’état actuel du pays, sur le plan social et économique, ce que nous représentons est incontournable”. Et de mettre en avant les 5 000 signatures apposées au bas de la contribution siglée NPS en vue du congrès de Reims, “à comparer aux 400 recueillies par les barons locaux”, Jean-Noël Guérini, Gérard Collomb et Vincent Feltesse. Par ailleurs, la gauche du PS est toujours soutenue par la grande majorité (environ 70 %) du MJS dont Benoît Hamon fut le président et qui, s’il ne pèse pas grand-chose dans les manœuvres d’appareil, reste précieux par son enthousiasme militant, notamment en période électorale.
Profiter du contexte
Des arguments insuffisants pour Jean-Luc Mélenchon, selon lequel le PS français est en train de jouer un film déjà sorti à l’étranger. “La pente générale est au nivellement par le bas sur le modèle, par exemple, du parti italien”, affirme l’ancien ministre, qui ajoute que “dans la transformation d’un parti socialiste en parti démocrate, il y a toujours un prologue, qui est l’élimination de la gauche du parti. Et en France, on est un peu dans les prémices.” Une prédiction récusée par Manuel Valls, situé à l’opposé de l’éventail socialiste : “Il ne manquerait plus que l’on élimine des courants au sein du PS ! Non, il n’est est pas question, le parti a besoin de toutes ses sensibilités”. Et il en a d’autant plus besoin que le contexte politique s’y prête, en interne comme en externe. En interne, puisque tous les futurs Premiers secrétaires en puissance vont vouloir essayer, à coups d’additions de courants, de se forger la majorité la plus large possible. Et en externe, en fonction de l’évolution d’un paysage politique en pleine restructuration actuellement. “La stratégie d’alliance à gauche a été réaffirmée, estime ainsi Régis Juanico, et notre sensibilité est importante dans le dialogue avec le PCF, les Verts et les autres forces de gauche.” “Depuis Épinay, poursuit le député de la Loire, le PS a toujours veillé à tenir les deux bouts de la chaîne de ses sensibilités politiques. Aujourd’hui, en nous marginalisant, le parti pourrait renforcer considérablement la perception d’une autre gauche à l’extérieur du parti.” Comprendre : Olivier Besancenot et son NPA en gestation.
Besancenot, oui, mais…
Le leader de la LCR est aujourd’hui regardé avec davantage de bienveillance que de méfiance par les responsables de la gauche du PS. Benoît Hamon n’hésite pas à évoquer une grande alliance de la gauche pouvant dans le futur – mais sous conditions – inclure le NPA, alors que Jean-Luc Mélenchon “trouve cela très bien de faire vivre l’idéal anticapitaliste, d’entretenir l’esprit de révolte et de rejet d’un ordre du monde méprisable”. Pour autant, les socialistes affirment – contrairement à ce qui se dit régulièrement du côté de la Ligue – que les passerelles entre les deux formations ne sont pas aujourd’hui très empruntées. Aucun responsable ne se voit d’ailleurs franchir le pas anticapitaliste. “Les réponses apportées par Besancenot ne sont pas celles que j’apporterais puisque, en tant que socialiste, je suis très attaché à la forme républicaine de l’État”, explique ainsi Jean-Luc Mélenchon. Quant à Henri Emmanuelli, il dit porter sur les projets du porte-parole de la LCR “un regard très serein”, évoquant un “effet de mode”. Pour le député des Landes, la frontière entre l’aile gauche du PS et l’extrême gauche tient encore du fossé. “Besancenot, dit-il, est aujourd’hui davantage dans l’antisocialisme que dans le combat contre la droite”…
Les jeunes attendent de voir
Au MJS, pépinière traditionnelle de l’aile gauche du PS, on attend que la situation actuelle du NPS se décante, avec un mélange de fatalisme et d’espoir. Fatalisme pour ce militant qui estime qu’“être en position de négocier sa présence au sein d’une motion n’est déjà pas si mal”. Espoir chez cet autre, persuadé que “Benoît Hamon saura faire en sorte de renforcer ses positions”. L’idée d’intégrer une large majorité de synthèse est d’ailleurs plutôt approuvée. Celle de rester dans l’opposition interne ne fait pas peur. “Mais dans ce cas-là, explique un responsable du MJS, quitte à être minoritaire, je préfère débattre face à une majorité composée et dirigée par des adversaires idéologiques, comme par exemple les strauss-kahniens, plutôt que d’icônes médiatiques sans aucun fond, genre Royal ou Delanoë”…
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