
Victoire à l'arraché pour Sarkozy
Même si le texte final n'est qu'une version édulcorée de la réforme qu'il avait espérée et si les questions institutionnelles n'ont pas paru passionner les Français, Nicolas Sarkozy a donc eu son bac. Mais d'extrême justesse.
Un rejet aurait en effet constitué un revers de taille pour le président de la République. Trois semaines après le début de la présidence française de l'Union européenne, un échec aurait été un boulet de plus pour un leader affichant son désir de remettre l'Europe en marche.
De plus, il aurait semblé incapable de mobiliser son propre camp, bien que s'étant démené pour le rassembler: rendez-vous à l'Elysée, coups de téléphone aux récalcitrants, y compris de sa villégiature de Marrakech, interview au Monde... Un activisme allant jusqu'au "chantage", a dénoncé François Bayrou (MoDem).
M. Sarkozy apparaît donc comme le premier artisan du oui de Versailles.
D'abord, il n'a pas reculé, contrairement à plusieurs de ses précédesseurs: Georges Pompidou en 1973 (sur le quinquennat), Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (statut des suppléants), Jacques Chirac en janvier 2000 (Conseil supérieur de la magistrature) avaient renoncé au Congrès, par crainte de ne pas franchir la barre des 3/5èmes.
Ensuite, Nicolas Sarkozy a personnellement "retourné" plusieurs UMP récalcitrants, dont - symbole le plus fort - Bernard Debré, fils du père de la Constitution de la Ve République, Michel Debré.
Le président a par ailleurs occupé l'espace laissé vide par le Premier ministre. Crucifié par une sciatique, François Fillon est resté à l'écart des opérations de "sauvetage".
Egalement au crédit du président: son principal opposant, le PS, est apparu divisé, hésitant sur cette réforme à laquelle il a été associé. Un coin a été enfoncé entre lui et ses alliés radicaux. Mais les socialistes ont échappé à la fracture lors du vote versaillais.
Victoire donc pour un président qui cherche des "marqueurs de changement", relève le politologue Dominique Reynié. Avec la réforme qui lui permettra de s'adresser au parlement, "il y aura un avant et un après", "un nouveau théâtre" pour la parole présidentielle.
Un "oui" du Congrès rendra "la politique de réformes irréversible pour le reste du quinquennat", avait averti l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.
Cependant, pour Dominique Reynié ce succès ric-rac est "sans panache".
Il doit être aussi mesuré à l'aune du faible intérêt que portent les Français aux questions institutionnelles. Ils l'ont prouvé la dernière fois qu'on les a consultés sur ce thème (référendum de 1990 sur le quinquennat) par une abstention record: 70%.
"La préoccupation principale des Français est leur pouvoir d'achat, ils ne feront pas de lien entre ce souci de vie quotidienne et la réforme", assure ce spécialiste de l'opinion publique. "C'est comme si la classe politique passait beaucoup de temps sur une question dont les Français se désintéressent", selon M. Reynié.
Pour en savoir plus : Retrouvez ici le détail des votes des parlementaires à Versailles
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