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Nicolas Sarkozy - AFP
31/07/2008
OMC

Un président de l'UE un peu trop Français...

Dans les négociations de l'OMC qui ont échoué mardi, Nicolas Sarkozy est apparu à Genève davantage comme le défenseur des intérêts français que l'artisan d'un consensus de l'Europe qu'il préside jusqu'en décembre.

Le chef de l'Etat a rejoint un "club des volontaires" hostiles aux propositions du directeur général de l'OMC Pascal Lamy, où se sont retrouvés huit autres pays européens, dont L'Italie, la Pologne et l'Irlande.

Et ce quitte à délaisser sa casquette de président de l'Union européenne et risquer une scission des 27.
"On attend de la présidence de l'UE qu'elle cherche à bâtir un consensus parmi les Etats-membres", a observé mercredi à Genève un diplomate européen, alors que selon lui, Paris a voulu privilégier ses intérêts nationaux.

Aux yeux de Paris, la protection de l'agriculture française, et notamment des appellations d'origine contrôlée (AOC), n'était pas suffisamment prise en compte.
Sur les AOC, l'Allemagne a apporté son soutien à la France, confie-t-on à l'Elysée. Mais pour l'essentiel, elle a rejoint une majorité d'autres Etats et non des moindres -Royaume-Uni compris- en se rangeant derrière le commissaire chargé de négocier pour l'Europe, Peter Mandelson, bête noire de Nicolas Sarkozy.

Dans les pas de Jacques Chirac

Habituellement prompt à se démarquer de ses prédécesseurs, le chef de l'Etat a semblé mettre ses pas dans ceux de Jacques Chirac, infatigable défenseur du monde paysan.
Les trois grands syndicats - FNSEA, Confédération rurale et Coordination rurale - se sont d'ailleurs félicités de l'absence d'accord qui "vaut mieux qu'un mauvais accord".
La question agricole a été à l'origine des coups de boutoir du président français contre le Britannique Mandelson, accusé d'être prêt à sacrifier la production européenne "sur l'autel du libéralisme mondial". S'en était suivie une sérieuse passe d'armes entre les deux hommes.
Dès jeudi, M. Sarkozy avait martelé: pas question de signer l'accord en l'état. Et le Premier ministre, François Fillon, de réclamer lundi une "action décisive" de la Commission européenne.

Avant l'échec de Genève et au risque de compliquer la tâche de M. Mandelson, Nicolas Sarkozy avait appelé directement le Premier ministre britannique, Gordon Brown, la chancelière Angela Merkel, M. Lamy et le président de la Commission, Manuel Barroso, pour "leur expliquer la position de la France", a indiqué l'Elysée.

Vers une contre-proposition française ?

En défendant des intérêts hexagonaux, sans pour autant être à l'origine de l'avortement des négociations, Nicolas Sarkozy pourrait retourner la situation à son profit avec, selon son entourage, une possible "initiative" dans les prochains jours.
Pourquoi pas en défendant son idée de "partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture", lancée sans véritable succès lors du sommet de la FAO en juin dernier à Rome ?
L'OMC n'est peut-être pas le meilleur endroit "pour parler d'agriculture et d'alimentation", a ainsi noté M. Barnier.
Pour la secrétaire d'Etat au Commerce, Anne-Marie Idrac, il est "inatteignable" de négocier sur tous les sujets commerciaux.
Une solution française? Gérard Longuet, fin connaisseur du commerce mondial pour avoir été négociateur au GATT en 1994, y croit. "Je m'attends à ce que Nicolas Sarkozy nous trouve une proposition"...

 

Pour aller plus loin : OMC, le compte n'y est pas pour la France

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