Le grand retour de Martine Aubry, orchestré par ses anciens rivaux, ressemble à une manœuvre pour bloquer le processus de rénovation en cours au PS.
JSN, "jamais sans nous"… ou plutôt mourir ! Voici, en trois lettres, le programme commun qui a permis l’impossible réconciliation des fabiusiens, strausskahniens, emmanuellistes et autres esseulés derrière la possible candidature de Martine Aubry à la tête du PS. Avec pour programme le slogan "une autre femme est possible", la maire de Lille affiche clairement la couleur. Le reste du programme semblant impossible à écrire, tant les différentes parties de cet improbable attelage n’ont toujours eu de cesse de se déchirer et se sont toujours montrées incapables d’adopter la moindre démarche commune. Pitoyable mais redoutable calcul fait par ceux qui savent que débarrassée de la plupart des nouveaux adhérents, la sociologie du vote des militants du PS penche aujourd’hui plus du côté de la gauche plurielle si ce n’est pas du côté des années du Programme commun. Martine Aubry, fille du mitterrandisme et égérie de l’ère Jospin, pourrait parfaitement répondre aux attentes de ces militants nostalgiques. Ainsi cette candidature, patiemment ourdie dans le plus pur style politicien, où l’on reconnaît bien la patte des fabiusiens, ne sera malheureusement pas sans conséquence sur le processus de rénovation qui semblait possible. Cette mise en orbite, qui déplace déjà le centre de gravité du débat vers des sujets dignes du congrès de Rennes, risque de se retourner contre ses auteurs. C’est mal connaître Martine Aubry que de penser qu’elle aura le caractère à supporter d’être instrumentalisée au-delà de son élection si elle devait devenir Première secrétaire. La chose est si évidente qu’elle n’a certainement pas échappé aux auteurs de la manœuvre. C’est à croire que cette extrémité leur fait moins peur que de voir le PS se moderniser sans eux. Décidément une semaine très politique.