
Comment s’annonce le sommet du 13 Juillet ?
Comme un moment historique, puisque presque tous les chefs d’État et de gouvernement de l’Europe et de la Méditerranée seront présents. Qui aurait pu penser, il y a à peine quelques mois, qu’on pourrait asseoir autour de la table le président du Liban, le président de la Syrie, le président de l’Autorité palestinienne, le Premier ministre d’Israël ? Combien d’observateurs pensaient que l’Union pour la Méditerranée pourrait voir le jour si rapidement ? Combien pensaient qu’en si peu de temps, il serait possible de réformer Barcelone en profondeur ? C’est pourtant ce qui va se passer.
José Manuel Barroso, en apportant le soutien de la Commission, a dit qu’il restait “des aspects institutionnels” à débattre. Quels sont-ils ?
Le problème majeur est celui du partage des responsabilités entre le Nord et le Sud, c’est de notre capacité collective à réaliser ce partage sur un pied d’égalité que dépendra la réussite ou l’échec de l’Union entre les deux rives de la Méditerranée.
L’accord de l’Allemagne a-t-il été décisif ?
Oui, puisqu’il a permis de faire la meilleure synthèse possible entre le point de vue de ceux qui pensaient que l’Union des Méditerranéens entre eux risquait de diviser l’Europe et ceux qui, comme la France, pensaient que, pour conjurer tous les périls qui pèsent sur la Méditerranée, il fallait accepter une gouvernance partagée et tisser des solidarités de plus en plus étroites autour de projets concrets dans une Union de projets à géométrie variable. L’accord franco-allemand aura été décisif dans la refondation du dialogue euro-méditerranéen.
L’Élysée n’a pas semblé trop contrarié par l’absence de Mouammar Kadhafi à ce Sommet ?
Il aurait été mieux que tout le monde soit là. On ne dépolluera pas la Méditerranée sans la Libye. Pour faire de la Méditerranée une zone de paix, de stabilité, de codéveloppement, de co-prospérité, on a besoin aussi du peuple libyen. Mais la Libye ne sera pas totalement absente, elle devrait être présente en tant qu’observatrice, et je pense que, dans le futur, elle s’associera à certains projets communs qui sont aussi vitaux pour son avenir.
Le fait d’avoir été contraint de reconsidérer ce projet UPM comme une relance du processus de Barcelone est-il un échec ou un recul par rapport à l’ambition initiale ?
Le projet actuel est clairement différent du projet initial, puisqu’il associe tous les pays membres de l’Union européenne et pas seulement les pays riverains. Mais il n’est pas moins ambitieux, puisqu’il s’agit de réformer en profondeur le processus de Barcelone. On peut même considérer qu’il l’est davantage, puisqu’il exprime la volonté de tous les pays européens de s’impliquer plus fortement dans l’avenir de la Méditerranée. Si l’on parvient à atteindre les objectifs fixés par l’accord franco-allemand, on aura réussi à réformer en profondeur tout un pan de la politique européenne en Méditerranée en moins d’un an. C’est sans précédent.
Quels seront, parmi les grands chantiers envisagés, ceux qui seront les plus emblématiques et les plus décisifs dans l’établissement de cette nouvelle Union ?
Il y a beaucoup de projets sur la table et le but est d’en faire naître le plus grand nombre possible. Mais les plus emblématiques au départ, qui seront discutés le 13 juillet, seront sans aucun doute la dépollution de la Méditerranée, le développement de l’énergie solaire, la coopération en matière de sécurité civile, le renforcement de la sécurité alimentaire, tout ce qui est relatif à la gestion et au partage de l’eau. Mais on pourrait citer aussi les autoroutes maritimes, l’organisation d’un espace scientifique méditerranéen, la gestion commune des flux migratoires, le tourisme, la protection du littoral, etc. Le 13 juillet, ce n’est pas un aboutissement, c’est un commencement. Il s’agit de donner une impulsion décisive, d’enclencher une dynamique de coopération irréversible qui s’enrichira, je l’espère, au fur et à mesure que le temps passera. Ce qu’il faut bien avoir à l’esprit, c’est que les projets seront à géométrie variable, c’est-à-dire que ceux qui voudront travailler ensemble pourront le faire sans que nul ne puisse les en empêcher et sans que personne n’ait l’obligation d’y participer.
Qu’est-ce qui a présidé au choix de piloter ce projet depuis l’Élysée ?
Depuis le début, c’est un projet présidentiel. Il s’agissait de faire bouger les lignes, c’était d’emblée très ambitieux. Un tel projet ne pouvait être porté que par le président de la République lui-même. Seul le président de la République pouvait s’adresser au nom de la France à tous les peuples de la Méditerranée et de l’Europe pour qu’ils se réunissent, qu’ils travaillent ensemble, qu’ils bâtissent ensemble un avenir meilleur. Ce projet n’est pas un projet bureaucratique, ce n’est pas un projet diplomatique, ce n’est pas non plus un projet technique, c’est un projet politique dans lequel la France est pleinement engagée. Cet engagement, il ne pouvait s’exprimer qu’à travers l’engagement personnel du président de la République.
Pour aller plus loin : Le projet méditerranéen de Nicolas Sarkozy [1]
Links:
[1] http://www.professionpolitique.info/article/08-07-08/sarkozy-lance-l-union-pour-la-mediterranee