En quelques semaines, aux fermetures d'usines et aux baisses répétées des cours
boursiers sont venues s'ajouter des prises de position gouvernementales semblant
remettre en cause la cohérence du budget précédemment adopté. La tentation était
grande d'y voir autant d'ingrédients pour une baisse massive de la confiance des
Français en l'action gouvernementale. Un tel mouvement n'est pourtant pas constaté
dans cette troisième vague du baromètre BVA/Le Bleu de Profession Politique,
ce qui amène à rappeler deux fondamentaux de la connaissance de l'opinion publique.
En premier lieu, comme la précédente guerre du Golfe l'a éloquemment montré, toute
séquence guerrière ouvre une parenthèse dans le cours des opinions, neutralisant
les enjeux internes. Cette situation profite non seulement au président de la
République, mais aussi d'une autre façon au Premier ministre, dont la cote est
en quelque sorte « mise en réserve ». En second lieu, il convient de
souligner qu'il n'y a pas de lien direct entre la situation économique et sociale
d'une part et la perception de l'action gouvernementale d'autre part. Pour preuve
de cela, il suffit de se souvenir de la période Balladur, avec un gouvernement
très populaire dans un contexte de quasi-récession.
Ces deux éléments aident à lire les jugements des Français, alors que la crise
internationale subjugue médiatiquement l'actualité économique et sociale nationale,
pourtant chargée, à quelques jours du terrain de l'enquête avec la grève à l'Education
nationale et à la SNCF, puis la conférence nationale sur l'emploi présidée par
le ministre des Affaires sociales, François FILLON, et l'annonce de premières
mesures du plan d'action gouvernemental. Il demeure que les chiffres ne sont pas
bons pour le Premier ministre et qu'il existe un contraste substantiel entre son
image personnelle et le jugement sur son action.
Stabilité de la perception de la politique économique
Dans ce contexte, la chute des bonnes opinions à l'égard de la politique économique
enregistrée le mois dernier ne se poursuit pas. Les bonnes opinions progressent
légèrement ce mois-ci (46%, + 3 points) et restent à un niveau satisfaisant comparativement
au mandat du gouvernement Jospin.
Toutefois, on observe une plus grande défiance des catégories qui soutiennent
usuellement le gouvernement actuel. Les évolutions à la baisse sont ainsi notamment
le fait des sympathisants de droite (69% d'opinions positives, - 5 points) et
plus particulièrement des sympathisants de l'UMP (- 10 points) alors que la perception
des sympathisants de gauche revient au niveau mesuré en janvier (à 38%). Elles
sont aussi le fait des personnes à leur compte (28% de bonnes opinions, contre
64% de mauvaises opinions), aujourd'hui majoritairement défiantes à l'égard du
gouvernement, évolution à lier avec les incertitudes actuelles à l'égard de la
croissance économique et des conséquences du conflit en Irak. Par ailleurs, les
cadres supérieurs et professions libérales, qui ont souvent un rôle « d'avant-garde
» sur ce sujet, se montrent beaucoup moins favorables que lors des vagues
précédentes, notamment ceux qui travaillent dans le secteur privé (53% d'opinions
positives, - 17 points par rapport à janvier).
| Vous personnellement, diriez-vous que la politique économique menée actuellement par le gouvernement est ... | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
* LO, LCR, PC, PS, Pôle Républicain, les Verts ** UDF, UMP, RPF, FN, MNR |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Un mécontentement prononcé à l'égard de la politique sociale
Le mécontentement grandissant enregistré le mois dernier à l'égard de la politique
sociale se stabilise à 54% de mauvaises opinions contre 39% de bonnes opinions.
Les plans sociaux se poursuivent, mais le gouvernement a envoyé un signal
fort au cours de la conférence sur l'emploi avec l'annonce de mesures d'aide
à l'emploi (CES, CIE, création du contrat Civis et du RMA, etc.) et d'accompagnement
aux plans sociaux.
Comme pour la politique économique, le mécontentement s'accroît chez les catégories
classiques de soutien au gouvernement actuel. Les évolutions à la baisse sont
davantage le fait des sympathisants de droite (59%, - 8 points), et surtout
des sympathisants UMP (- 14 points), que des sympathisants de gauche dont
les jugements retrouvent le niveau de janvier.
| Vous personnellement, diriez-vous que la politique sociale menée actuellement par le gouvernement est ... | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
* LO, LCR, PC, PS, Pôle Républicain, les Verts ** UDF, UMP, RPF, FN, MNR |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
En outre, les insatisfaits sont désormais majoritaires chez les cadres et
professions libérales, y compris chez ceux travaillant dans le secteur privé
(48% d'opinions positives, 52% d'opinions négatives). Ils restent majoritaires
chez les personnes à leur compte (40% d'opinions positives, 56% d'opinions
négatives) toujours inquiètes de ce que le gouvernement en « fasse trop »
en matière sociale. À l'inverse, les jugements des catégories socioprofessionnelles
dites inférieures, usuellement inquiètes de ce que le gouvernement « n'en
fasse pas assez », s'améliorent, tout en restant majoritairement négatifs
(41% d'opinions positives chez les ouvriers, soit + 9 points, contre 53% d'opinions
négatives). Enfin, on observe une dégradation de l'opinion des personnes âgées
désormais majoritairement insatisfaites (38% d'opinions positives, - 5 points,
contre 40% d'opinions négatives), ce qui n'est sans doute pas sans lien avec
un dossier des retraites dont la résurgence dans l'opinion suivra sans doute
de peu la fin de la séquence militaire en Irak.
Jérôme Sainte-Marie
Directeur de BVA Opinion
Sondage réalisé par l'Institut BV auprès d'un échantillon
représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. 958 personnes
ont été interrogées du 21 au 22 mars 2003 par téléphone. Echantillonnage par
la méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, après stratification
par régions et catégories d'agglomération.