Une désapprobation persistante et préoccupante
L'incapacité des syndicats à bloquer ou à réorienter la réforme des retraites
ne signifie visiblement pas que l'opinion publique ait basculé en faveur du
gouvernement sur les dossiers économiques et sociaux. Si le mouvement social
marque le pas, si la majorité parlementaire reste acquise, l'opinion publique
n'en renâcle pas moins. Aujourd'hui, la politique économique du gouvernement
est rejetée par 52% des Français (contre 43%) et la politique sociale par 55%
(contre 42%).
Il s'agit, pour l'une comme pour l'autre, d'un record d'opinions négatives depuis
l'arrivée au pouvoir de Jean-Pierre RAFFARIN. En ce qui concerne les jugements
sur la politique économique, il n'est pas inutile de rappeler que Lionel JOSPIN
n'avait enregistré que trois fois une part plus importante de rejet, et encore
s'agissait-il de deux mesures effectuées à l'orée de la campagne présidentielle,
et d'une autre durant le mouvement des routiers contre les taxes sur le carburant.
Ces données sont donc à prendre comme un sérieux avertissement, au moment où
l'on commence à évoquer d'autres réformes, et où certains extrapolent de la
victoire sur le terrain un triomphe dans l'opinion.
Des signes de radicalisation des opinions
Le mois écoulé depuis la dernière mesure n'a donc pas enregistré un changement
d'état d'esprit, sinon, à la marge, une montée parallèle du soutien comme de
l'opposition à ces politiques. C'est ainsi que la part de ceux qui jugent la
politique gouvernementale "très bonne" progresse (+ 4 points pour la
politique économique, + 3 points pour la politique sociale), de même que la
proportion de ceux qui la jugent "très mauvaise" (+ 2 points dans les
deux cas). Ce phénomène est particulièrement net si l'on considère les réponses
des sympathisants de droite, dont 82% approuvent la politique économique et
78% la politique sociale du gouvernement : la part de ceux qui jugent la politique
gouvernementale "très bonne" s'envole de 8 points sur le volet social,
de 10 points sur le volet économique. Majoritairement défavorable à la politique
gouvernementale, la position des sympathisants de gauche reste relativement
stable, en dépit d'une légère hausse de ceux qui la considèrent plus souvent
que le mois dernier comme "très mauvaise".
|
La perception de la politique économique | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Vous personnellement, diriez-vous que la politique économique menée actuellement par le gouvernement est ... | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
* LO, LCR, PC, PS, Pôle Républicain, les Verts ** UDF, UMP, RPF, FN, MNR |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| La perception de la politique sociale du gouvernement | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Vous personnellement, diriez-vous que la politique sociale menée actuellement par le gouvernement est ... | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
* LO, LCR, PC, PS, Pôle Républicain, les Verts ** UDF, UMP, RPF, FN, MNR |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
De manière connexe, on constate une évolution symétrique des opinions entre,
d'une part les retraités et les personnes à leur compte, d'autre part les salariés.
67% des salariés du public (+ 7 points) et 56% des salariés du privé (+ 7 points)
jugent mauvaise la politique économique du gouvernement, cependant que 60% des
indépendants (+ 2 points) et 53% des retraités (+ 7 points) la pensent bonne.
Pour la politique sociale, l'évolution est du même ordre, avec cependant une
moindre sévérité des salariés du public (65% de jugements négatifs, - 4 points)
et une progression encore plus nette de la satisfaction des personnes à leur
compte (66%, + 8 points). On voit dans ces chiffres combien les jugements sur
la politique du gouvernement sont sociologiquement situés, ce qui était peu
le cas au début de la présence de Jean-Pierre RAFFARIN à Matignon. Il est aussi
à noter que l'on ne peut guère isoler, sur ce point, le secteur public, dans
la mesure où l'on observe une certaine convergence des réponses avec les salariés
du secteur privé.
Une opinion inquiète du climat économique
Cependant, les résultats de ce baromètre ne sont pas réductibles au contexte
socialement agité de ces dernières semaines. Plus que jamais, un sentiment d'inquiétude
est perceptible dans l'opinion, fondé avant tout sur des anticipations économiques
moroses et l'angoisse grandissante du chômage, phénomène que les débats sur
l'allongement de la durée de cotisation n'ont fait qu'aviver. Il est ainsi significatif
que les cadres et chefs d'entreprise, catégorie relativement bienveillante à
l'égard du gouvernement, mais aussi plus attentive que d'autres à l'évolution
de la conjoncture, jugent, pour 57% d'entre eux, la politique économique du
gouvernement mauvaise. Il en va de même pour 52% des personnes détentrices d'un
diplôme au moins équivalent à bac + 2.
Au final, les difficultés du gouvernement pour faire accepter sa politique ne
se limitent pas aux catégories de salariés qui ont le plus participé aux dernières
mobilisations. L'inquiétude et le mécontentement de la majorité des salariés
du secteur privé soulignent combien la fréquentation et la composition des manifestations
ne sont que des indices partiels, et souvent trompeurs, de l'état de l'opinion
publique française.
Jérôme Sainte-Marie
Directeur de BVA Opinion
Sondage réalisé par BVA du 20 au 21 juin 2003 auprès d'un échantillon
représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. 955 personnes
ont été interrogées par téléphone. Échantillonnage par la méthode des quotas
: sexe, âge, profession du chef de famille, après stratification par régions
et catégories d'agglomération.