Ce 7e baromètre enregistre une exceptionnelle chute de crédibilité de la politique
économique comme de la politique sociale du gouvernement. Un résultat qui met
en défaut ce que Jean-Pierre Raffarin nomme lui-même la gouvernance.
Une désapprobation massive
La part des Français qui, en cette rentrée, jugent bonne la politique économique
du gouvernement s'est réduite à 32%, contre 63% qui la considèrent mauvaise.
Ces chiffres résultent d'une évolution d'une rare ampleur par rapport au mois
de juin : les bonnes opinions baissent de 9 points, les mauvaises augmentent
de 11. Ils sont également exceptionnels par leur niveau : sur les cinq années
d'existence de ce baromètre, on ne trouve aucun équivalent. Même lors de la
dernière mesure du gouvernement Jospin, en pleine campagne électorale, début
avril 2002, les mauvaises opinions n'avaient pas dépassé 60%. Ils traduisent
enfin une dégradation relativement tardive de la perception de la politique
économique du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, sur laquelle les jugements
étaient encore parfaitement à l'équilibre en mars dernier.
Dans le détail, il faut distinguer deux catégories de Français : celles qui
lui mesuraient déjà très chichement leur approbation, chez lesquelles l'évolution
de son score est limitée par la modicité même de celui ; et celles qui constituent
ses soutiens naturels, parmi lesquelles on constate ce mois-ci un véritable
décrochage de l'approbation.
| Vous personnellement, diriez-vous que la politique économique menée actuellement par le gouvernement est ... | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
* LO, LCR, PC, PS, Pôle Républicain, les Verts ** UDF, UMP, RPF, FN, MNR |
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De la première catégorie relèvent les salariés du public (76% de mauvaises
opinions, soit 9 points de plus qu'en juin) et les sympathisants de gauche
(81%, + 10), mais aussi les salariés du privé (64%, + 8). Dans la seconde, on
relève l'évolution brutale des sympathisants de droite (60% seulement de bonnes
opinions, soit une baisse de 22 points), mouvement qui affecte également les
sympathisants de l'UMP (72%, - 16 points) et les personnes de 65 ans et plus (40%,
- 19). À cette catégorie appartiennent également les personnes travaillant à leur
compte, où l'approbation de la politique économique du gouvernement s'effondre
de moitié, pour ne plus concerner aujourd'hui que 29% d'entre eux.
On assiste donc à la rencontre, dramatique pour l'assise du gouvernement dans
l'opinion, de ceux qui contestent l'orientation de la politique gouvernementale
avec ceux, en progression très rapide, qui, tout en approuvant celle-ci, doutent
de la capacité de Matignon à la mettre en ?uvre. On mesure aussi dans ces chiffres
le choc qu'a constitué l'annonce que la France ne respecterait pas dans l'immédiat
les règles budgétaires qu'elle avait acceptées vis à vis de l'Union européenne.
Record de contestation sur le social
Certes, la politique sociale est un domaine où il est plus difficile de satisfaire
les attentes, souvent contradictoires selon les catégories considérées. Mais la
mesure de l'opinion à ce sujet en ce mois de septembre montre que tous les records
de contestation sont éclipsés. Avec 67% de mauvaises opinions (+ 12 depuis juin)
contre seulement 29% d'approbation (- 13), la politique sociale du gouvernement
sombre dans un abîme d'impopularité que le gouvernement de Lionel Jospin n'avait
jamais connu (son plus mauvais score avait été de 58% de mauvaises opinions).
La perception de la politique sociale du gouvernement | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Vous personnellement, diriez-vous que la politique sociale menée actuellement par le gouvernement est ... | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
* LO, LCR, PC, PS, Pôle Républicain, les Verts ** UDF, UMP, RPF, FN, MNR |
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Parmi les salariés, 73% jugent mauvaise cette politique sociale, qui est rejetée
par une très large majorité des personnes les plus modestes comme par les personnes
les plus aisées. Parmi les sympathisants de droite, il ne se trouve plus que
51% des répondants à exprimer une bonne opinion de cette politique, contre 44%,
soit une chute de 27 points de jugement favorables au gouvernement.
Ce jugement, qui cristallise les insatisfactions sociales ponctuelles exprimées
par l'opinion au gré des enquêtes d'opinion récentes, a atteint un niveau tel
qu'une remontée à l'équilibre dans les prochains mois paraît très improbable.
Arbitrages difficiles
Dans un tableau d'ensemble si sombre, les réponses des Français sur la moins
mauvaise solution pour limiter le déficit de la Sécurité sociale apportent de
nouveaux éléments illustrant les terribles contraintes d'opinion qui pèsent
sur le gouvernement. En effet, il n'y a pas, contrairement au discours médiatique
dominant, un rejet massif de l'impôt par les Français, du moins lorsque l'interrogation
sur l'évolution des prélèvements obligatoires est formulée en miroir avec l'avenir
des prestations sociales. Dès lors, si 44% des Français se résoudraient à une
diminution du montant du remboursement des soins et des médicaments, 41% d'entre
eux préfèreraient plutôt voir augmenter la CSG.
À l'évidence, le sujet divise : les sympathisants de gauche et les salariés du
public privilégieraient plutôt la hausse de la pression fiscale, les sympathisants
de droite, les salariés du privé, les indépendants et les retraités choisissent
plus nettement la baisse des remboursements des soins et des médicaments.
Contrairement à la politique économique et à la politique sociale, enjeux de plus
en plus consensuels où tous recherchent plus de croissance et d'emploi, le dossier
de la Sécurité sociale se confirme être socialement très conflictuel. En perte
de crédibilité sur sa gestion générale de l'économie et du social, le gouvernement
peut penser retrouver dans un tel chantier le soutien d'une partie des électeurs
qui l'ont porté au pouvoir, mais au risque d'une frustration et d'une radicalisation
aggravées des nombreux opposants à ses choix économiques et sociaux.
Jérôme Sainte-Marie
Directeur de BVA Opinion
Sondage réalisé par l'Institut BV auprès
d'un échantillon représentatif de la population française
âgée de 18 ans et plus. 952 personnes ont été interrogées
du 19 au 20 septembre 2003 par téléphone. Echantillonnage par
la méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille,
après stratification par régions et catégories d'agglomération.